Disjoncté

7 01 2017

Dans ma tête électrique, parcours un circuit électronique, fait de zéro, d’un, des décisions qui ne dépendent simplement que d’un choix, l’absence d’un autre. Tout est réglé, mesuré, compté au quart de tour, sans détour, j’analyse les possibilités qui se subdivisent. Je ne laisse rien au hasard, car certains croient qu’il n’existe pas. Je ne me réserve aucune surprise, je laisse cela aux autres. Je suis un minutieux maniaque du détail et de la cédille, je prends toujours le soin de préciser, je sais que ça en énerve plus d’un, c’est plus fort que moi. Quand sur des pages blanches mon crayon s’applique à décrire des lignes trop droites, trop parfaites. Ma main qui tremble un peu, depuis toujours, ne me laisserait pas prendre un scalpel, mais un crayon oui. Ce petit zigzag fin dans ma ligne m’enrage, ce n’est pas parfait, ce n’est pas droit, ce n’est pas moi. Pas moi dans ma tête, moi dans les faits, car personne n’est parfait. Je m’énerve, parce que les parcours empruntés par ma tête ne sont pas ceux que mes mains, mes gestes, mon être suivent toujours. J’ai toujours un mot pour tout, j’aime relancer, j’aime discuter, j’aime avoir raison, comme tout le monde quoi. J’ai cette folie tranquille d’admirer les brouillons, les gens qui sont incapable de faire une ligne droite parce que ça leur lève le coeur, ça les rend fous, je les rends fous. Je m’énerve par moment, j’aimerais comme mon trait soit brouillon, un peu sale, comme les dessins de Joann Sfar, que mon cerveau disjoncte au contact du crayon, du clavier. Que je cesse cette droiture, cette limitation de pensée qui me fait faire des lignes droites, des courbes parfaites, des dessins sans bavure. J’aurais besoin qu’on change mon programme, un peu, simplement pour faire différent, rien de bien drastique, qu’une petite modification de logistique. Revedenir dégourdi comme dans le temps, le temps où je ne pensais pas à demain, pas même à hier, surtout pas à hier. J’ai besoin de me faire pirater la tête électrique, un peu, pour que je laisse ma main qui tremble faire ce quelle doit faire, qu’elle donne vie à mes personnages qui n’existe que dans ma tête, pas encore sur papier. Je dois me détacher les idées, les laisser fuir comme bon elles se sentent. Les laisser prendre vie.

Joann Sfar

Défi du jour : Hack


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Une réponse

7 01 2017
fran61

J’adore …

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